Hier s’est tenu la dernière réunion concernant la rénovation urbaine pour le
quartier Croix-Rouge. Présentation d’un avenant qui, comparé à l’ancien, n’a pas subit de réels changements majeurs. Beaucoup d’attente, beaucoup de moyens pour une très généraliste et expéditive
présentation.
La rénovation urbaine d’un quartier est certes une bonne chose pour un quartier ou un sous quartier, si et seulement si, cette rénovation a été construite avec la population, si et seulement si,
elle porte réellement ses priorités sur l’amélioration de l’ensemble, dans les multiples domaines qui le compose : Logement, développement économique, sécurité, etc.
Hors, lorsque que l’on prend un peu de hauteur, on constate assez rapidement que les plus gros moyens financiers ont été mis sur l’immobilier tout au long du parcours du tramway, histoire de
cacher la misère économique et sociale, aux vues des touristes ou « parisiens » qui prenant le tramway à Bezannes pour aller au
centre-ville de Reims, verrait leur Reims Disneyland tour un peu gâché par une triste vérité de terrain. Les plans existants hélas parlent d’eux-mêmes.
En terme de logement : 519 logements construits (HQE), 471 logements mis en vente, 344 logements détruits, soit 1334 logements inaccessibles
désormais aux plus modestes. 902 logements seulement bénéficieront d’une amélioration de leur environnement, qualifiée de « résidentialisation ».
Pour les nouvelles constructions, résolument dans l’application du grenelle de l’environnement, les organismes logeurs ne se sont pas étendus sur les
coûts de ces constructions, et sur les loyers qui leur seront appliqués. Pour le bâti existant, la réhabilitation de « l’apparence » est privilégiée ( façades, espaces verts,
etc.). En ce qui concerne le « logement » proprement dit (je ne parle pas ici des parties communes, hall, cage d’escalier, etc.), aucune réhabilitation sérieuse n’est
réellement prévue.
Pour le développement économique, on prône comme dans toutes les rénovations urbaines, des activités tertiaires en bas d’immeubles. Mais quelles sont ces activités? Quel poids en matière d’emploi
cela représente-il réellement auprès de la population ?
Fin 2007, la ZFU Croix-Rouge comptait 175 implantations d’entreprises (hors travailleurs indépendants), d’un poids de 600 emplois. 43 commerces et 132 entreprises autres, pour environ
120 emplois occupés par des habitants du quartier. Plus de 45% des entreprises comprenaient entre 1 à 4 salariés, 42% sans salarié.
A ce jour, le nombre d’implantation avoisine les 240 implantations. La majorité de ses implantations ne sont
pas des entreprises de commerces de proximité, mais des services aux entreprises, santé, BTP, bureaux, etc. La possibilité d’emploi de la population de Croix-Rouge reste donc très limitative, si elle
reste dans le cadre d’implantation de bas d’immeubles.
Il est à regretter que rien n’ait été donc prévu pour développer de plus grands projets économiques pour ce quartier, créateurs d’emplois plus conséquents pour sa population. Nous frôlons même
l’indécence lorsque l’on nous évoque avec enthousiasme l’embauche prévisionnelle de 50 personnes des quartiers concernés sur les travaux de la
rénovation urbaine et travaux du tramway (obligation de 5% des heures travaillées minimum) . Les deux chantiers dépassant les 900 millions d’euros, on aurait dû bien en amont prévoir des
embauches de plus grandes envergures.
Et que dire de la mixité et cohésion sociale dans ce projet ? La mixité et la
cohésion sociale ne s’imposent pas, elles auraient dû se construire en partenariat et également en amont avec la population existante. En ce sens, rien n’a été réellement entrepris avec la
population, et je crains fort que l’apport d’une « classe » sociale supérieure dans des logements neufs HQE ou de logements en vente, ne provoque certains clivages, certains
« territoires », faute d’avoir été pédagogiquement expliquer aux habitants, les qualités d’une telle mixité. La question reste par ailleurs
entière. La population voulait-elle une telle mixité ?
Cette rénovation souhaitée par les habitants, mais subie, faute de concertation préalable, remodèlera certes le quartier dans son urbanisme et son
immobilier, mais ne résoudra en rien les problèmes majeurs du quartier en matière économique, en matière de sécurité, en matière de cohésion sociale
et de mixité sociale. L’effet attrayant du neuf disparu, les habitants se rendront vite compte que peu de choses auront finalement changer pour leurs préoccupations et dans leur vie
quotidienne. Sans réel projet annexe économique et social, cette rénovation deviendra un des plus gros gâchis financier et humain à mettre sur le tas des projets banlieues depuis trente ans. Nuls
doutes que d’ici une quinzaine d’année, de nouveaux élus sortiront de leurs chapeaux, une nouvelle formule magique pour nos banlieues françaises.